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Alors que l’agriculture constitue un atout majeur pour réduire la faim et la pauvreté en Afrique, plusieurs paysans continuent de souffrir du manque d’accompagnement.


Ils cultivent la terre, fournissent la matière première à des industries florissantes du marché mondial, mais sont incapables de manger sainement, et à leur faim. Pis, c’est parmi leur progéniture qu’on retrouve des enfants malnutris. Faites un tour dans les villages, et vous constaterez par vous-même la souffrance qu’endurent les paysans”.

Ce témoignage de Roland Hessou, Ingénieur Agronome, peint aisément le paradoxe qui s’observe lorsqu’on évoque la question de la faim et de la pauvreté dans les milieux ruraux d’Afrique, notamment au Bénin. Mahoussi Hubert, maraicher vivant dans la commune d’Abomey-Calavi (Sud Benin), souligne les difficultés d’accès au crédit agricole. “Plusieurs fois, j’ai entendu que l’État a mis en place un fonds pour nous soutenir, mais j’en ai jamais bénéficié. J’avoue que je ne connais même pas la procédure pour avoir cet argent”.  Claude Adandedjan, producteur de maïs à Bohicon (dans le sud du pays) renchérit : “Moi, mon fils m’a informé de la possibilité que l’État peut nous accompagner à financer nos activités. J’ai fait plusieurs démarches dans ce sens, qui sont restées sans succès. Aussi, sur conseils de mes proches, j’ai mené des démarches pour obtenir un prêt auprès des banques, mais les garanties que celles-ci me demandent ne sont pas à ma portée”. Constat, les producteurs béninois se plaignent de conditions difficiles d’accès au crédit auprès des institutions de Micro finances, des contraintes liées aux garanties exorbitantes qu’exigent les établissements financiers, du taux d’intérêt trop élevé pratiqué par les banques, du délai de remboursement trop court exigé etc. Pourtant, “l’activité agricole demande  beaucoup de ressources; donc nous avons nécessairement besoin de soutien”, confie Étienne Kossi, un agriculteur. Rien que “le labour par tracteur revient à 30 000 francs CFA (environ 45,7 euros) par hectare, alors que chaque paysan cultive plusieurs hectares”, ajoute-t-il. D’autres pôles de dépenses comprennent  l’achat d’intrants et l’entretien régulier du champ. “Et après tout ça, on est encore contraint de vendre nos produits à vils prix”, se plaint Étienne ; avant de s’interroger désespérément : “au regard de cela, sans soutien de l’État, comment voulez-vous que nous puissions vivre décemment ?”. Conséquence, la faim et la malnutrition continuent de dicter leurs lois, et la courbe de la pauvreté éprouve du mal à être inversée.

Le  vrai “visage” de la faim et de la pauvreté au Bénin

Au Bénin, la situation de la sécurité alimentaire reste préoccupante, même si le pays a été récompensé en 2014 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour avoir fait un grand bond au titre de l’Objectif N°1 de l’agenda 2030 des Nations Unies, “éliminer l’extrême pauvreté et la faim”. Pour preuve, en 2008, une enquête commanditée par le gouvernement  béninois et ses partenaires sur la sécurité alimentaire, révèle que sur 4176 ménages ruraux et urbains répartis dans tout le pays, au moins 12% des ménages, soient 972 mille personnes sont en insécurité alimentaire et 13,2%, soient 1 million 48 milleSAM_4345 personnes sont considérées à risque. Plus de 67 mille enfants (4,7%) de 6 à 59  mois souffrent de malnutrition aiguë, dont 10 mille (0,7%) de malnutrition aiguë sévère ; ce qui les expose à un risque accru de mortalité. Cette enquête révèle également que, un tiers des départements présente une prévalence de la malnutrition aiguë globale supérieure à 5%. Ces chiffres, selon les seuils établis par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), répondent à une situation critique dans le pays. La  malnutrition sévit autant dans les villes que dans les campagnes, mais à des proportions différentes. Et, les femmes et les enfants sont les plus affectés par les insuffisances nutritionnelles.

 

Comment mettre fin à l’insécurité alimentaire ?

Le soutien étatique à l’agriculture apparait comme une solution incontournable. Il s’agit de faciliter l’accès aux facteurs de production (intrants, semences) et au crédit rural, tout en mettant un accent particulier sur le développement de l’agriculture vivrière. À cet effet, il conviendrait d’installer dans les zones rurales des pays en développement comme le Bénin, des services financiers de crédit, d’épargne et d’assurance à faible taux d’intérêt, en vue de permettre aux agriculteurs de disposer des fonds pour l’achat des intrants, la diversification des cultures et l’investissement. De même, l’accès au crédit des femmes devrait être encouragé pour leur permettre d’animer le marché par des activités génératrices de revenus. Aussi, est-il important de favoriser l’accès aux marchés des agriculteurs à travers la mise en place des infrastructures et voies de communication pour le transport à moindre coût des marchandises vers les marchés, sans oublier la formation et un meilleur encadrement technique des paysans. Ces recommandations s’inscrivent d’ailleurs dans la droite ligne des résultats attendus des ODD N°1 et ODD N°2, qui entendent respectivement “éliminer l’extrême pauvreté et la faim” et “éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable”. Ainsi, comme le conclut si bien l’agriculteur Étienne, “si l’État veut le développement, il doit aider les paysans”.

One comment

  1. m.

    Très intéressant !
    Bravo pour ce premier article en français.

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